De la dégradation à la rupture du lien social

Une société pour exister, a besoin de lien social, de cohésion sociale. Le lien social regroupe les relations qui unissent des individus faisant partie d’un même groupe social et/ou établissent des règles sociales entre individus ou groupes sociaux différents. Dans son ouvrage sur le lien social Pierre Bouvier décortique les termes lien et social (1)
« Il apparaît nécessaire de circonscrire puis de déconstruire ce que l’on a entendu et ce que l’on entend, dans le cadre des glissements de sens, par cette expression constituée de l’assemblage de ces deux mots : lien et social. Le statut central revient au signifiant : « lien », sa racine se réfère au mot latin : ligamen, provenant du verbe ligare. Sémantiquement, le terme de lien désigne, en première instance, un corps physique dont la fonction est d’assembler deux éléments matériels antérieurement séparés, n’ayant pas de connexion, de contact effectif d’ordre naturel « ce qui sert à lier. »
Au sens figuré, la plus utilisée dans cet ouvrage, le lien occasionné et dont l’homme est l’acteur /récepteur implique que cette liaison soit effectuée de manière qu’elle se maintienne, conjoncture impliquant un rapport qui devient effectif et qui, de ce fait, prééxiste aux relations qu’il suscitera par la suite.
Le terme social résulte de relations entre individus. Le lien implique déjà le regroupement, l’association, l’attachement entre entités distinctes, primaires, relevant d’un même ordre ou d’ordres différents. La notion de social est une déclinaison francaise de racines latines :
La première socius précise et porte l’attention sur la nature des échanges. Le socius, c’est le compagnon.
La seconde : societas, ainsi que d’autres déclinaisons : socia, sociabilis, socialis, socialitas Socialiter, sociatio, …qualifient des rapports interpersonnels marqués par les notions d’union, d’entente et d’alliance.
(1)Pierre Bouvier Le lien social aux éditions Gallimards, 2005(pages de 21à25)
Pour Durkheim (2), le lien social a plusieurs dimensions :
*Une dimension politique (démocratie, citoyenneté)
*Une dimension économique (le travail)
*Une dimension sociale (conscience collective)
La qualité du lien social est à la base de la qualité de vie dans une société, au-delà des niveaux de richesse. Or l’accentuation des inégalités n’a pas seulement pour conséquence que certains vivent dans l’opulence alors que d’autres sont dans la misère. Par la même, elle accroît les tensions sociales. Une partie de la population « décroche », par exemple en refusant de voter. La violence d’une partie de la jeunesse devient également un mode d’expression.
Les liens sociaux permettent d’assurer la cohésion sociale et l’intégration des individus soit par
le partage de valeurs communes soit par
la reconnaissance sociale des différences lors de l’établissement des règles sociales.
Les liens sociaux permettent aux individus d’acquérir une identité sociale.
La crise du lien social aurait diverses raisons :
-Le déclin de l’autorité
-Des incohérences lors du processus de socialisation (faiblesse des liens familiaux, de voisinage…)
-Des difficultés d’établir de nouvelles règles de vie commune du fait de l’individualisme croissant.
-La crise de l’emploi et le développement des emplois précaires
-La perte des valeurs sociétales
Afin de définir plus précisément la cohésion sociale, différentes approches sociologiques mènent à une définition.
La cohésion sociale repose sur des mécanismes de solidarité sociale ou de structuration des liens sociaux.
Ainsi il existe un lien social global qui attache chaque individu et sous-système au système global (Durkheim parle de lien organique) et un lien social local qui attache chaque individu au sous système local (lien mécanique ):
la famille, le voisinage, les associations, les communautés de pensée.
Mais il existe des processus collectifs d’exclusion émanant des dysfonctionnements de la cohésion sociale. Ces processus sont des phénomènes de rupture ou de relâchement du lien social global ou local. Ils s’appliquent à des individus, des groupes ou des sociétés.
L’individu atomisé représente une exclusion individuelle ou le lien social est globalement rompu. Une communauté ignorée représente une exclusion collective, c’est à dire que la société stigmatise l’acteur comme "out-group"(exclu) mais l’exclu lui se perçoit comme"in-group"(intégré).
Ainsi les exclus ont une tendance naturelle à se regrouper.
L’ensemble de ces ruptures des liens sociaux forme des"no man’land". Ils peuvent être définis en terme spatial (quartiers délabrés, banlieues chaudes) et en terme de situations socioprofessionnelles des personnes (chômage, pauvreté, délinquance) Dans les banlieues le lien se délite, se désagrège, se décompose, le jeune de banlieue s’affirme comme une figure symbolique de la remise en question du lien social dans la France actuelle. Mais ce n’est pas seulement autour des problèmes de banlieues que se pose la question de ce qui relie les hommes entre eux. La croissance, l amélioration des conditions de vie, la relative diminution des inégalités dans le courant du vingtième siècle laissaient espérer une plus grande justice sociale. Le salariat est devenu la norme, apportant une relative sécurité et différents acquis sociaux, le travail s’est imposé comme un modèle dominant du lien social.
La remise en cause de la légitimité de certaines institutions entraîne une baisse de la conscience collective, une moindre adhésion à des valeurs communes
(2)Durkheim Emile, de la division du travail social (1893), Paris, PUF, 1973
( Extrait de mon travail dans le cadre de ma formation DEFA approfondissement pédagogie et relation humaine) Formation que j'ai du abandonné due à ma situation actuelle!